Impact du post-partum sur les débuts de l’allaitement et comment s’y préparer?

Impact du post-partum sur les débuts de l’allaitement et comment s’y préparer?

Vous allez bientôt accoucher et vous savez de par vos proches, vos amis ou les médias qu’il y a souvent un monde entre l’imaginaire et la réalité, mais ce concept reste encore flou dans votre esprit et c’est normal rassurez-vous.. d’autant plus si vous êtes primipare, c’est-à-dire si vous attendez votre premier bébé.. En attendant, nourrissez votre confiance, c’est ce qui importe le plus dans un premier temps! En effet, rien ne sert de s’inquiéter outre mesure car cela viendrait gâcher d’une certaine manière ce temps si précieux de votre grossesse. Cultivez la zénitude tout en vous informant sur les suites de l’accouchement et les débuts d’allaitement afin de ne pas trop tomber de haut durant les premières semaines de vie de votre enfant! 

 

Nous assistons actuellement à une volonté chez les femmes de s’exprimer, de crier haut et fort les injustices et les abus dont elles sont victimes, les diktats sociétaux auxquels elles sont confrontées durant toute leur vie et particulièrement au moment où elles deviennent mères. 

Plusieurs documentaires, celui de Julia Tissier «  A la vie » sorti en octobre 2021 et celui de Ève Simonet « Post-partum » sorti le 8 mars 2022, en 4 épisodes, révèlent sans tabou la réalité des femmes durant cette période si délicate et souvent ignorée (ou tue) de l’après accouchement, ou plus exactement de ce que l’on nomme le post-partum. 

 

Le fait de devenir maman s’accompagne, comme pour toute nouvelle épreuve de vie, d’un sentiment d’incertitude, d’étrangeté, de confusion d’autant plus que votre corps transformé et parfois blessé par l’enfantement, modifie votre manière de penser et de percevoir la réalité. Les douleurs physiques et la fatigue accumulée peuvent en effet altérer vos émotions. Il faut savoir que même chez les femmes les plus positives, le baby blues existe!  et dans certains cas ce mal-être supposé ne durer que quelques jours voire tout au plus quelques semaines s’installe et se transforme insidieusement en réelle dépression du post-partum. Ève Simonet, après avoir mené son enquête auprès de nombreuses jeunes mamans et interrogé beaucoup de professionnels de la périnatalité, mentionne le chiffre impressionnant de 30% de mères souffrant de dépression à la suite de la naissance de leur enfant.


Comment faire pour prévenir ce phénomène inquiétant? 

 

 Tout d’abord, les instances de santé mettent désormais l’accent sur l’entretien précoce prénatal (EPP) afin de dépister au plus tôt les futures mères en situation de fragilité et d’organiser ainsi un accompagnement plus ciblé. Peut-être en avez-vous bénéficié? Si ce n’est pas le cas, renseignez-vous auprès de votre sage-femme ou de votre médecin. Votre conjoint y est convié également. Durant cet entretien, vous pourrez entre autres exprimer vos appréhensions à l’idée de devenir parent, parler de votre projet de naissance si vous en avez un et évoquer votre envie d’allaiter ou au contraire vos réticences, votre ambivalence par rapport à l’allaitement maternel. Vous ne serez pas jugée, c’est un moment d’échange ; le fait de verbaliser ce qui vous touche le plus durant votre grossesse vous permettra d’y voir plus clair, de mieux appréhender la réalité du post-partum et au besoin d’être orientée vers un professionnel qui vous suivra de près sur le chemin de votre parentalité. 

 

L’idéal serait de faire partie d’un groupe local de futurs parents animé par un même intervenant pouvant planifier également des réunions en post-partum avec les mêmes participants, comme c’est le cas chez nos voisins britanniques avec la formidable organisation NCT (National Child Trust) cela créerait du lien et diminuerait le sentiment d’isolement et de solitude dont se plaignent souvent les jeunes parents.  

Il est vrai qu’à une époque où les notions de perfection et de réussite dans tous les domaines de la vie sont mises en avant , notamment sur les réseaux sociaux et dans les médias en général, il est difficile d’avouer ses faiblesses, ses frustrations, sa perte de confiance, or les groupes de parole permettent de vous exprimer sans peur de vous sentir jugée. De plus, face à la multitude d’informations qui envahissent la toile, il est normal de ne plus savoir à quel saint se vouer, alors faire le point avec une personne compétente et bienveillante sera bienvenu … 

 

Pour vous donner toutes les chances de mieux vivre cette période du post-partum, alors que votre ventre s’arrondit et que vos seins s’épanouissent, l’une de vos priorités devrait être de prendre soin de votre corps, d’apprendre à l’apprécier à sa juste valeur…il porte fièrement la vie d’un nouveau petit être ( ou de plusieurs petits êtres!), soyez indulgente avec ce corps même si vous avez un peu de mal à croire que c’est le vôtre tellement il a changé ! C’est normal, il est en pleine métamorphose!  Il abrite dans son giron un trésor et vos seins sont comme des arbres en fleurs prêts à donner leurs plus beaux fruits (votre lait) pour nourrir ce trésor une fois sorti de son cocon. 

Si vous prenez justement l’habitude de vous occuper de votre corps, vous saurez l’écouter et suivre ses signaux lorsque bébé sera là. Les massages du périnée par exemple vous aideront à mieux apprivoiser cette zone sensible, cela vous permettra de le soigner plus facilement s’il a été meurtri au cours de l’accouchement (épisiotomie, déchirure).Par ailleurs, les massages des seins sont vivement recommandés pour une montée de lait confortable et pour vous aider à recueillir votre lait si bébé a des difficultés à téter ou est trop endormi pour se nourrir efficacement. Vous faire masser le dos, les pieds, le crâne vous procureront une infinie détente et permettront une meilleure circulation des bonnes énergies et un nettoyage des mauvaises…Vous tirerez aussi de grands bénéfices à pratiquer des exercices quotidiens de respiration profonde associés à des poses de yoga toutes simples et adaptées aux femmes enceintes.   

 

Visualisez ce que votre bébé ressent actuellement dans votre ventre, focalisez-vous sur ses 5 sens (vue, ouïe, odorat, goût, toucher ), on pourrait même ajouter le sens du mouvement (bercement lorsque vous marchez). Après vous être bien imprégnée de cette image, pensez à tout ce dont il aura besoin après sa naissance, tout ce qui lui rappellera votre monde intérieur, et l’aidera ainsi à s’apaiser et à s’adapter en douceur à sa nouvelle vie. Vous aurez vous-aussi besoin de le toucher, l’admirer, l’embrasser, le sentir, l’entendre, le bercer…cette présence de l’un pour l’autre est primordiale pour une meilleure transition et un attachement sécure. Et si votre bébé devait naitre plus tôt, votre présence auprès de lui en service de néonatologie serait essentielle pour son développement et son bien-être. 

 

Vous serez sûrement déstabilisée au début par les pleurs de votre bébé, c’est sa manière de se faire entendre et de communiquer même s’il sait aussi montrer d’autres signes moins sonores pour s’exprimer comme pour réclamer le sein par exemple (agitation, mains à la bouche..).  Avec le temps, vous saurez décrypter son langage, vous êtes sa maman, la connexion fonctionnera, vous serez à un moment donné en phase l’un et l’autre sans effort, tout naturellement…cela peut prendre plus ou moins de temps en fonction de votre tempérament, votre histoire personnelle, le soutien qui vous est prodigué.  

Il serait tout de même utile pour vous et votre conjoint d’avoir des attentes réalistes par rapport aux besoins de votre bébé, car ceux-ci vous sembleront très/trop intenses les premières semaines, de jour comme de nuit..Et si vous ne vous y attendez pas, cela peut avoir un impact sur la relation que vous construisez avec votre bébé ainsi que celle de votre couple..alors informez-vous de source sûre avant l’arrivée de votre bébé afin de vous y préparer. Même si on ne peut jamais complètement anticiper l’avenir, la part d’imprévisible étant trop grande, vous aurez en tout cas quelques clés à votre disposition le jour venu…     

 

Ce qui peut vous aider également est de savoir que votre bébé nait avec des réflexes ancestraux qui lui permettront de chercher votre sein et de téter lorsque les conditions seront favorables, ceci pouvant arriver soit peu de temps après sa naissance, soit plus tard en cas de séparation ou d’intervention médicale. Le plus important, si cela vous est possible, c’ est de passer les premiers jours collée à votre bébé au lieu de le laisser trop longtemps seul dans son berceau - de toute façon il vous fera sûrement savoir qu’il ne s’y sent pas en sécurité!- Vous apprendrez ainsi à le connaitre et pourrez lui proposer le sein à volonté. Privilégiez les contacts en peau en peau, cela vous permettra à tous les deux de vous détendre et de favoriser votre allaitement. Savourez ces instants dans un environnement calme et confortablement installée, c’est le meilleur anti-dote contre la déprime, cela fera grandir votre sentiment de compétence maternelle. C’est un vrai soin pour bébé et pour vous..alors ne vous en privez pas! Et le papa pourra également en bénéficier bien sûr!  

 Si toutefois, vous vous sentiez épuisée par le trop plein d’émotions et déboussolée par le tourbillon de conseils discordants, ou encore trop douloureuse après un accouchement difficile et/ou une prise de sein non optimale, n’hésitez pas à prendre contact avec la personne qui vous a suivie durant votre grossesse et en qui vous avez confiance ou un(e) autre professionnel(le) que l’on vous aurait recommandé. Il est trop important de ne pas rester seule avec vos doutes, votre culpabilité de jeune maman, vos frustrations, vos douleurs ( physiques et morales) … Sachez qu’il existe des solutions à tout mais soyez prête à accepter l’idée que cela ne puisse pas se régler en un coup de baguette magique, cela peut prendre du temps en fonction de votre situation. 

Or, le temps est salvateur à condition de vous sentir soutenue, accompagnée pour mobiliser et optimiser vos ressources intérieures et profiter pleinement de votre maternité . 

Nous vous souhaitons un beau voyage et une belle rencontre avec votre (vos) bébé (s). 

 

Article rédigé par Myriam Panard, consultante en lactation IBCLC pour Lansinoh France

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