Le rejet du sein par le nouveau-né

Le rejet du sein par le nouveau-né

Le rejet du sein durant les premiers jours de vie d’un nouveau-né à terme et en bonne santé : comment gérer cette situation déstabilisante ?

Vous venez d’accoucher et vous vous attendiez à ce que votre bébé prenne le sein instinctivement et sans aide ? Vous aviez entendu dire que tous les bébés étaient biologiquement programmés pour téter et qu’ils pouvaient trouver eux-mêmes leur source de nourriture et de réconfort, en l’occurrence le sein de leur mère ?

Or, ce n’est pas le cas de votre bébé ! Le rejet du sein est un phénomène naturel peut en effet être perturbé par les conditions de naissance et de prise en charge du post-partum qui dans certains cas créent des rejets chez un bébé pourtant né à terme et en bonne santé ; celui-ci se met alors à se détourner du sein…

Ne croyez surtout pas que votre bébé soit « paresseux », « incapable », qu’il ne vous aime pas et préfère le biberon... ou qu’au contraire ce soit votre faute ! Vous vivez sûrement ce rejet comme un échec, un défaut de compétence de votre part… or il n’en est rien ! Il y a en fait toujours une explication et avec de la patience et une bonne dose de confiance et de soutien adapté, les choses s’arrangent en général.

 

Quelles sont les conditions pouvant déclencher un rejet du sein par votre bébé ?

Les circonstances de naissance :
    • Plus votre accouchement est médicalisé avec de fortes doses d’anesthésiants, plus les réflexes de succion de votre bébé seront affaiblis (en tout cas temporairement).
    • Un accouchement nécessitant l’utilisation de ventouse ou forceps, une césarienne en urgence, le cordon ombilical autour du cou du bébé ou tout autre présentation inhabituelle peut avoir un impact sur les capacités de votre bébé à prendre le sein. Il peut être trop douloureux pour se mettre à téter. Des tensions à la base du crâne ou au niveau des mâchoires sont en effet souvent observées et nécessitent le recours à un ostéopathe ou chiropracteur spécialisé dans le traitement des nouveau-nés.
    • La nécessité dans certains cas de procéder à une aspiration pour dégager les voies respiratoires du nouveau-né peuvent perturber momentanément sa succion et déglutition. Dans des cas extrêmes, un acte trop invasif peut même provoquer une aversion orale momentanée. De plus, les glaires qui remontent dans son œsophage peuvent aussi le gêner et l’éloigner alors du sein. C’est tout nouveau et parfois encore difficile pour votre bébé de coordonner la succion, la déglutition et la respiration.
    La présence d’un frein de langue trop court qui nuit à la succion :

      C’est une petite membrane fibreuse qui relie la langue au plancher de la bouche et dont les points d’attache sont différents d’un cas à l’autre. Si ce frein est trop serré il peut gêner la prise du sein. Il y a environ 10% des bébés qui présentent cette anomalie (souvent héréditaire), pour certains cela ne les empêche pas de téter efficacement mais pour d’autres seule une petite intervention leur permettra de réussir à téter en libérant la langue qui sera alors suffisamment mobile. Après une évaluation rigoureuse de la situation, un pédiatre ou un ORL peut remédier au problème en sectionnant le frein ; de plus, il est recommandé si possible dans les 48h qui suivent l’intervention de consulter un ostéopathe habitué à ce genre de dysfonctionnement pour parfaire le traitement.

      Premier repas donné au biberon :

        En cas de séparation pour des raisons médicales juste après l’accouchement (salle de réveil après césarienne, intervention urgente en cas d’hémorragie, transfert du bébé en service de néonatologie), il est fréquent hélas que l’on donne un premier biberon de préparation infantile à votre bébé sans demander votre avis alors même que vous avez formulé un projet d’allaitement. C’est inacceptable mais c’est souvent une réalité !

        Pour certains bébés ,cela n’aura pas d’impact sur leurs capacités à téter mais pour d’autres cela créera une telle confusion qu’il faudra s’armer de beaucoup de patience et de douceur pour les ré-apprivoiser au sein. Mieux vaut donc prévenir le personnel et insister pour que votre bébé soit nourri si besoin à la petite cuillère ou à la pipette le jour de sa naissance afin de minimiser les risques de rejet du sein.

        Un engorgement exagéré lors de la montée laiteuse :

          Votre bébé peut se mettre à rejeter le sein au moment de la montée laiteuse si votre poitrine devient anormalement gonflée et dure. Un œdème des seins peut se former notamment à cause des intraveineuses utilisées durant votre accouchement et au manque de tétées les premières 48h. De doux massages avec une huile végétale pour assouplir les seins, l’application de froid ou de feuilles de chou vert pour désenflammer et le recours à l’expression manuelle ou au tire-lait pour drainer peuvent être des mesures simples pour remédier au problème.

          Voir notre article dédié sur les engorgements mammaires.

          Les pratiques hospitalières :

            On s’empresse parfois dès la naissance, alors que vous et votre conjoint avez à peine fait connaissance avec votre bébé, à procéder à la fameuse première mise au sein sans se préoccuper de la réceptivité de votre bébé. Ce premier « forcing »  peut laisser des traces… Le nouveau-né n’est que dans le ressenti et donc par la suite à l’approche du sein il peut se mettre à le rejeter car il a intégré la première expérience comme négative. De plus, une fois en chambre, les incursions fréquentes de jour comme de nuit pour réveiller le bébé sans ménagement et le faire téter nuisent à son bien-être et contribuent à augmenter son stress et par la même occasion le vôtre. Les tétées en maternité sont souvent conditionnées par des contraintes d’horaires et de durées. Cela peut déstabiliser les nouveaux parents en ajoutant de la pression en liaison avec la courbe de poids du bébé.

             

            Comment faire prendre le sein à un bébé qui s’en éloigne ? Quelle conduite adopter ?

            Vous faire accompagner par un spécialiste de l’allaitement et de la lactation

              La situation que vous vivez est trop déstabilisante pour être gérée seule d’autant plus que les chamboulements hormonaux de l’accouchement vous fragilisent émotionnellement. Vous aurez besoin d’être écoutée et de comprendre ce qui vous arrive afin de trouver des solutions adaptées. Un soutien par le même professionnel afin d’éviter les conseils tous azimuts est crucial pour vous permettre de garder confiance et de réussir votre projet d’allaitement. Consultez au plus vite !

               

              Bannir le stress : Retour au calme, à la douceur

                Pour vous reconnecter avec votre bébé, il sera important de privilégier les contacts corporels dans un environnement confortable et paisible qui sera plus propice à effacer les tensions communes. Les contacts en peau à peau répétés ont notamment des effets magiques. De très belles vidéos montrent des bébés prenant pour la première fois le sein au cours d’un bain partagé avec leur maman.

                 

                Maintenir votre lactation en utilisant un tire-lait de bonne qualité

                  C’est la condition sine qua none pour un retour au sein lorsque votre enfant sera prêt. Attendez-vous à utiliser votre tire-lait environ 8 fois par 24h à un rythme qui vous sera propre sans oublier la nuit pour remplacer en quelque sorte les tétées que votre bébé aurait s’il était au sein…autant alors considérer votre tire-lait comme un allié, un compagnon de route. Les massages des seins vous aideront également à bien mettre en place votre lactation. Vous aurez ainsi la satisfaction et la grande fierté de nourrir votre bébé avec votre lait, ce qui n’a pas de prix !

                   

                  Pour conclure, l’allaitement est avant tout une relation, qui peut être fragilisée par les conditions d’accouchement et certaines interventions extérieures mais avec un bon accompagnement tout problème a ses solutions … même le rejet du sein qui est pourtant cité comme l’une des trois principales raisons de sevrage précoce, les deux autres étant les douleurs et le manque de lait (perçu ou réel).

                  Si vous avez vécu ce genre d’expérience de rejet du sein au début de votre allaitement, n’hésitez pas nous en faire part sur nos réseaux sociaux.

                   

                  Article rédigé par Myriam Panard, consultante en lactation certifiée IBCLC pour Lansinoh France

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